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A la découverte des grands espaces
Bienvenue sur notre blog de voyage. Le but unique de ce blog est de vous faire partager nos sensations et nos émotions face aux pays visités et aux gens rencontrés. Il apporte aussi un regard personnel sur l'approche de l'homme face à la nature. Il ne s’agit pas d’un espace exclusivement réservé aux déserts, bien que ceux-ci y occupent une place privilégiée. L’accent est mis sur les photos, mais nous ne manquerons pas d'y mettre nos carnets de route lorsque nous en avons.
Dans la colonne de gauche vous trouverez le sommaire des différentes rubriques, les albums photos. Dans la colonne centrale se trouvent tous les différents articles. N’hésitez pas à vous balader dans les différentes rubriques !
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Notre blog grandit au fil des jours, et avec le temps il se remplira encore. C'est justement de celà que nous manquons pour tout compiler : du temps.
Comme le disent les africains : "vous avez les montres, et nous avons le temps"
En guise de préface aux lignes qui suivent, je voudrais saluer le courage et l'immense coeur de mon ami Alain Caron qui a effectué un ultra marathon de 162 km dans les dunes du mythique désert du Ténéré au Niger. Certes il ne s’agit pas de sa première expérience de la sorte, mais c’est à chaque fois une telle aventure à mes yeux que je ne peux m’empêcher de soulever l’exploit.
Vous me direz, à juste titre, que je reviens toujours avec la même chose, mais lorsque nos propres voyages sont mis au placard pour un moment pour différentes raisons, il faut bien continuer à rêver.
Et de quels rêves je parle ? Ceux d’un gamin de 65 ans qui ne se prend pas au sérieux et qui remet toujours en question ses propres limites. Toujours cette lancinante question qui sonne au fond de lui-même, sans jamais se l’avouer : « suis-je capable de me surpasser et de surprendre ? » A cette question je vous laisserai seuls juges en lisant ces lignes qui suscitent l’envie et une certaine forme de jalousie.
Haaaa tous ces longs moments de solitude à se battre avec soi-même et à devoir se surpasser pour arriver au but !
Ecrit avec cet émerveillement constant de la vie qui fait que sa personnalité est simple, courtoise et discrète, voici son carnet de route, ou plutôt, son carnet de course :
Au Sahara, on m’appelle quelque fois « Le Chibani », un terme d’origine arabe signifiant « le vieux, le sage, celui qui a l’expérience …. ». L’histoire n’est pas bien ancienne puisqu’elle remonte à février 2006 dans l’Adrar mauritanien lorsque j’effectuais avec RSO mon tout premier ultra-trail à étapes sur les traces de Théodore Monod, un homme qui par la pensée, le mode de vie et les actions m’aura beaucoup impressionné. Dans les ruines de l’antique cité caravanière de Ouadane, des enfants qui avaient entendu parler d’une personne âgée engagée dans la course m’avaient abordé pour me demander « C’est toi li vieux ? » J’avais répondu « Non, non, je ne suis pas vieux ; j’ai 64 ans ». Ils me rétorquèrent aussitôt « Si, si, tié vieux, tié l’chibani ».
Et bien oui, j’ai maintenant 65 ans, déjà 26 ans que je me suis pris de passion pour le Sahara dans lequel j’ai déjà pas mal crapahuté, le plus souvent en 4x4 en solo avec ma petite famille. Ma pratique régulière du jogging et de la course à pied est à peine plus récente; ce furent d’abord des courses régionales sur bitume, puis des marathons un peu partout en Europe, autant de prétextes pour découvrir une ville ou une région et enfin ces derniers temps plutôt des courses nature, moins traumatisantes pour les articulations. Et puis, un beau jour, je tombe tout à fait par hasard sur le site Internet de RSO qui présente son « Grand Raid Sahara » en Mauritanie. Le déclic ! Pourquoi pas pour moi pendant que je suis encore jeune ! Pourquoi ne pas relier ma passion pour le Sahara à celle de la course à pied ? En ai-je réellement les capacités ? Un an de préparation spécifique entrecoupée de tests divers et c’est parti pour l’aventure du Grand Raid Sahara. Malgré quelques erreurs de débutant, je termine en 16ème position sur 24 cette superbe épreuve de 220 Km en 5 étapes et de plus en très bonne condition physique, en tout cas très présentable au regard de mon épouse Nicole qui m’accompagnait. Emerveillé, je l’ai été aussi bien par les grandioses espaces désertiques de cet Adrar mauritanien que je ne connaissais pas encore que par les admirables rencontres faites tout au long du périple ainsi que par la grande convivialité existante entre les différents acteurs, qu’ils soient coureurs, organisateurs ou prestataires de service locaux. Dans l’avion du retour, Cyril Fondeville, le patron, me met dans les mains une revue relatant avec moult photos à l’appui la toute première édition du « Raid Ténéré Passion » au Niger de décembre 2005. Ouah, sublime ! C’est décidé, je vais me préparer pour la 2ème édition.
9 mois plus tard et quelques 2000 Km d’entraînement supplémentaires au compteur, je débarque ce lundi 20 novembre 2006, avec Nicole qui m’accompagne, sur le tarmac de l’aéroport d’Agadez au Niger avec l’ensemble des concurrents et des organisateurs. Le thermomètre affiche 33°C en ce début d’après midi, mais gros coup de chaleur supplémentaire quand nous apprenons que la majorité de nos bagages ont vraisemblablement été embarquée vers Mopti au Mali. En définitive, on finit par les retrouver. Ouf, c’est l’Afrique !
Nous prenons place dans une flotte d’une dizaine de 4x4 Toyota qui va nous conduire en une journée et demie sur le lieu du premier départ de la course situé à quelques 600 Km au N-NO , une journée et demie qui nous permettra de prendre la mesure du désert nigérien, d’appréhender les reliefs étranges du massif de l’Aïr qui fait immanquablement penser au Hoggar et de prendre contact avec la population et nos accompagnants nigériens. Arrêt en fin de journée au célèbre site de gravures rupestres de l’époque naturaliste de Dabous où des antilopes et une remarquable paire de girafes d’une grande précision anatomique sont gravées au trait large et profond. Superbes témoignages d’un passé pas si lointain où le Sahara était prospère !
A la nuit tombée, le bivouac est installé à 200 Km au S-O d’Iferouane et nous dégustons autour du feu, sous un ciel constellé d’étoiles, un succulent couscous.
Le lendemain 21 novembre, nous reprenons vers 9H la piste vers Iférouane où nous déjeunons confortablement près des jardins à l’ombre de grands arbres séculaires. La piste que nous prenons ensuite va nettement vers l’Est; au fil des kilomètres, le relief devient de plus en plus tourmenté et les zones sableuses prédominantes. Le désert du Ténéré n’est plus loin !

Arrêt dans un endroit remarquablement situé au milieu de dunes pour admirer le bel ensemble de gravures rupestres de Tezirzek où beaucoup d’étranges personnages de l’époque équidienne (3500 ans environ) sont représentés en présence d’animaux. Quelques kilomètres encore dans un sable relativement mou pour atteindre le lieu sublime de notre bivouac où nous arrivons juste au moment magique où le soleil se couche.
Place à la course maintenant; en attendant le repas, nous préparons nos sacs pour la première étape avec tout le matériel de sécurité obligatoire. Au menu ce soir, potage aux légumes et spaghettis au mouton. Délicieux ! Puis au traditionnel briefing, Cyril insiste sur les règles de sécurité à respecter et nous explique les spécificités de cette 1ère étape. Il est temps ensuite d’aller dormir car demain la journée sera rude.
Mercredi 22 novembre
1ère étape : Tezirzek – Adrar Chiriet (41 Km)
Nous sommes 22 dont 2 femmes à tenter l’aventure, mais sûr qu’il y a pas mal d’expérience dans ce petit monde qui évoque volontiers son vécu dans les plus grands ultra-trails de la planète (Gobi, Atacama, Desert Cup, MDS, GRS, UTMB, DdF ….). Comme je le présentais, je suis cette fois ci encore le plus âgé de la course, mais après ma première expérience mauritanienne je n’ai aucune appréhension particulière, d’autant plus que ma préparation a été des plus sérieuses. Je pars avec mes guêtres anti-sable et muni d’une paire de bâtons « ultra-light » que j’utilise avec une technique qui pourrait s’apparenter à la fois à la marche nordique et au ski de fond.

A 9 heures précises, nous nous élançons au signal du starter dans un champ de dunettes, puis dans un oued ensablé. Allais je être irrémédiablement largué dès les premiers kilomètres ou trouverai je quelques compagnons avec qui faire la route à mon rythme ? Chose certaine, je veux tout simplement gérer mon effort en fonction de mon ressenti sans tenir compte de ce qui se passe autour de moi. Nous nous dirigeons vers l’Adrar Chiriet, un gros massif volcanique qui nous sert de cible. Après une heure de course, j’aperçois encore nettement devant moi au loin un petit groupe de coureurs. Le nombre de traces qu’ils ont laissées dans le sol mou m’indique que je suis au moins dans les 10 premiers. Incroyable ! Je passe rapidement au CP1. Des concurrents ne sont pas loin derrière; un moment, Jacques se porte à mes côtés, puis c’est l’italien Renzo qui me dépasse irrésistiblement, mais Jacques disparaît vite derrière et Renzo s’arrête pour une raison qui m’échappe, si bien que je me retrouve seul en direction du CP2.

A mi-course, sur un long faux plat montant longeant à main droite les pentes rocheuses de l’Adrar Chiriet, je sursaute à l’approche de Gérard, le citoyen de Coulanges la Vineuse, que je n’avais pas vu revenir comme une fusée. Nous courons un moment ensemble, mais Gérard se sent des ailes et me distance facilement. Enfin le CP2 où il y a beaucoup d’agitation, Martial est allongé et Gérard essaye de récupérer; le plein d’eau effectué, je repars aussitôt pour le dernier tronçon. Diable, le terrain n’est pas facile, mais le paysage splendide. De temps en temps, je sors furtivement mon petit appareil de photo pour qu’il me reste à jamais un souvenir tangible de ces endroits merveilleux. Je cours maintenant dans une succession de défilés relativement étroits, entre des monticules d’éboulis noirâtres entrecoupés par des dunes de taille moyenne. Le sol est plus que mou et la chaleur augmente ostensiblement au fil des kilomètres. Il est clair que je suis maintenant moins bien et que ma vitesse a nettement diminué. A 8 Km de l’arrivée, je franchis un long passage étroit qui monte très fort dans les éboulis et les rochers. Klemen , le cameraman slovène qui suit le raid s’est placé à mi-pente pour faire des images.
A la sortie de ce passage difficile, l’horizon brusquement se dégage à nouveau. Le terrain en légère descente est un peu plus porteur. Au loin, très loin, un point noir et blanc; je devine que c’est Nicole avec son chèche qui marche en direction de l’arrivée. Tout cela me donne un petit coup de mieux pour les derniers kilomètres, mais soudain comme un boulet de canon Gérard arrive de nouveau derrière moi. Il reste quelques centaines de mètres à faire et nous décidons de passer la ligne d’arrivée ensemble, main dans la main; nous sommes huitième ex aequo en 5H14.
Le nigérien Abdelkader originaire de Timia qui s’était déjà illustré dans la première édition du RTP gagne facilement l’étape en 4H environ suivi à un quart d’heure par les expérimentés et talentueux Arnaud et Thierry.
Un transfert en 4x4 de quelques minutes amène au fur et à mesure les arrivants sur le lieu du bivouac, un endroit extraordinaire au pied de dunes gigantesques où la beauté touche ici au sublime.
A l’ombre d’un immense acacia, nous déjeunons et tentons de récupérer des efforts déployés au cours de l’étape qui de l’avis de tous aura été fort difficile. Notre tente est montée un peu à l’écart des autres, sur un promontoire dunaire d’une vingtaine de mètres de hauteur, d’où la vue exceptionnelle se dégage sur 180°.

Douche sommaire, massage efficace pratiqué par Nicole à l’aide de la lotion miracle mise au point par notre ami Hébri, étirements, soins des petites blessures qui déjà apparaissent à mes pieds et sieste en contemplant les coloris du paysage qui évoluent en fonction de la position du soleil aideront à me remettre sur pied, fin prêt pour la redoutable étape de demain.
A 19 H (il fait nuit noire depuis plus d’une heure), le dîner est servi sous une vaste tente; au menu, potage aux légumes, riz et ragoût de mouton, fruits frais. Super !
Le briefing auprès du feu pendant lequel Cyril nous présente l’étape de demain, celle qui inquiète avec ses franchissements de dunes géantes, clôture définitivement la journée.
Jeudi 23 novembre
2ème étape : Adrar Chiriet – Ilekane (35 Km)
Lever à 6H pour le départ à 8H30.

Les premières centaines de mètres sont couvertes de profondes ornières occasionnées par les 4x4. Je n’hésite pas à m’écarter de la piste pour courir sur un sable plus dur et tout de suite je choisis une trajectoire plus directe en acceptant d’escalader une dunette. Résultat incroyable: Après 500 mètres, je suis en tête de l’étape, Abdelkader étant un moment une dizaine de mètres derrière. Malheureusement, aucun photographe dans les parages pour faire une image de l’événement ! Evidemment, cela me vaut quelques réflexions de la part de mes sympathiques adversaires du style « Mais qu’est ce qu’il a bouffé ce matin le Chibani ? » Bien entendu, les cadors me passent rapidement et la hiérarchie établie au cours de la première étape me semble assez bien respectée. Pendant 8 Km, on court sur un vaste plateau en croûte de sable en ayant l’imposant massif de l’Adrar Chiriet à droite et de grandes dunes à gauche. Après un passage rocheux où j’abîme mes belles guêtres de toile bleue, on débouche sur un nouveau plateau situé au pied des grandes dunes où se trouve le CP1. Martial se trouve à quelques centaines de mètres devant moi, il file bon train ! Derrière, personne. Il faut déjà beaucoup monter pour accéder au CP1 situé sur la première crête. Nicole est là qui m’attend et prend quelques photos. Mes lunettes de soleil, où sont mes lunettes ? Malheureusement perdues au cours de ce premier tronçon !

Martial et moi repartons ensemble du CP1, mais nous choisissons des trajets différents pour essayer d’atteindre le plus rapidement possible le creux de la cuvette 200 m plus bas.

Succession de montagnes de sable dont la couleur est en continuelle évolution en fonction de l’éclairage, les cordons de dunes se franchissent doucement, le plus souvent en marchant activement et dans ces conditions l’aide que m’apportent les bâtons m’est précieuse. En un coup d’œil, le choix du meilleur passage doit se décider rapidement en fonction de la difficulté du terrain; à tout bout de champ, on se retrouve confronté au choix de faire plus long, mais plus facile et vice-versa ! Disons qu’il est toujours préférable de serpenter tout en gardant le balisage en vue plutôt que de tirer tout droit. Martial est maintenant quelques centaines de mètres derrière. Le CP2 se trouve au sommet d’une dune gigantesque qui est certainement la plus pentue et la plus longue à gravir du secteur. A partir des photos réalisées à cet endroit, j’ai calculé que la pente y est de 50 pour cent. Vers le sommet, le sable travaillé par les coureurs passés avant moi coule comme un fluide et la seule issue pour vaincre cette dune est de grimper les derniers mètres à quatre pattes. Evidemment, Klemen qui sait choisir les endroits les plus ardus filme les coureurs dans ce passage délicat. Mais quel magnifique panoramique au sommet ! Je m’offre deux minutes de repos pour admirer et prendre quelques photos. J’aperçois Martial dans la montée, à encore 200 ou 300 mètres du sommet.
Et c’est reparti pour une nouvelle descente vertigineuse et d’autres ascensions. A 500 mètres devant, j’aperçois un concurrent en difficulté. Très rapidement, je le rattrape et le dépasse; c’est Patrick, 4ème hier, qui souffre du genou et qui vient juste d’avaler un antalgique. Huit kilomètres après le CP2, je sors enfin des dunes pour voir apparaître le CP3 à l’entrée d’une passe. Peu de temps après, Patrick sur qui l’antalgique a eu un effet fulgurant me dépasse sans coup férir. Restent quelques kilomètres. J’ai hâte d’en finir. Enfin la ligne d’arrivée à quelques centaines de mètres, mais malédiction, sur ma droite l’ami Martial que j’imaginais à l’agonie sprinte comme un fou. J’essaye de réagir, mais le ch’ti est trop rapide ! Je termine une nouvelle fois 8ème de l’étape en 4H20 et passe 7ème au général. Inespéré bien entendu !
Aujourd’hui, Pierre, un petit gabarit spécialiste du marathon (2H43 à Paris !) trouve un nouveau terrain à sa mesure ; il gagne en effet l’étape en 3H22, mais Abdelkader qui a eu mal aux pieds et au genou droit conserve largement sa 1ère place au général.
Comme d’habitude, l’après midi est surtout consacré au repos, aux soins divers et à la remise en forme en vue de l’étape redoutée de demain, la plus longue de toute avec 62 Km. Mon gros souci: L’état lamentable de mes pieds qui ont encore bigrement morflé aujourd’hui ! 9 orteils sur 10 nécessitent des soins suite à des ampoules, coupures ou crevasses et doivent être soigneusement encapuchonnés pour éviter autant que possible les frottements parasites. Heureusement, le médecin et l’infirmière font du bon boulot. Mais pourquoi tous ces problèmes de pied jusqu’ici inhabituels pour moi ? Je pense que mes chaussures sont devenues trop petites depuis que j’utilise des talonnettes pour prévenir les tendinites.
Au repas ce soir, des pâtes et des légumes avec du mouton. Après l’habituel briefing, nous allons vite nous coucher car le lever est prévu demain à 3H30.
Vendredi 24 novembre
3ème étape : Ilekane – Oued Zagado (62 Km)
Lever donc à 3H30 pour un départ de nuit à la frontale à 5H30. Des bâtons lumineux balisent le tracé sur les 10 premiers kilomètres. Sans lunette de correction, je ne me sens pas trop à l’aise, certains bâtons lumineux me paraissant vraiment faiblards. Nous nous retrouvons rapidement à trois: Avec moi, Gilles pas au mieux depuis le début de ce raid, mais qui veut absolument profiter de la fraîche pour abattre un maximum de kilomètres et Martial, mon rival le plus proche, qui fait la trace sans sourciller. Gros souci vers le 8ème Km alors que le jour commence à poindre, nous n’apercevons plus le moindre balisage. Nous nous sommes égarés !

Chacun d’entre nous part dans une direction différente pour essayer de découvrir un indice permettant de retrouver le bon chemin. C’est finalement Gilles qui aperçoit quelques coureurs au loin sur notre droite. Dans cette affaire, nous avons effectué 3 Km supplémentaires et perdu 20 minutes, ce qui me fera perdre ce soir deux places au général. Le lever de soleil sur les fameuses dunes de marbre qui bordent notre parcours constitue un bien joli spectacle.

Martial, en grande forme, prend rapidement le large tandis que je continue avec Gilles jusqu’au CP1. Entre temps, nous rattrapons l’italienne Chiara vers le 12ème Km et découvrons le CP1 au Km 15 alors que nous aurions du l’atteindre au Km 12. Nicole est présente ainsi que Klemen qui filme les arrivées. Je profite de cet arrêt pour protéger ma peau contre le soleil, ce que j’ai oublié de faire ce matin. Je repars seul du CP1 pour attaquer quelques cordons de dunes moyennes qu’il convient de traverser pour arriver en vue de l’oued Zagado parsemé d’une végétation arbustive très fournie. Il convient de suivre cet oued sans rentrer dedans en restant sur sa rive droite qui suit la direction générale S-O. A environ 1 Km devant, j’entrevois de temps en temps Martial, mais personne ne se pointe derrière pour l’instant. Il y a un peu de vie dans l’oued, la présence de quelques troupeaux et de jardins en atteste. A deux reprises, je croise des jeunes enfants venus timidement voir les coureurs passer. Vraiment sympa ces petites rencontres ! Mais qu’il me semble long à arriver le CP2, d’autant plus long que la piste à suivre est rectiligne ! Au compteur de ma Polar S625, j’en suis au Km 30, voilà donc 15 bornes que je cours seul. En prenant une photo de tous ces blocs marbrés qui jouxtent la piste à main droite, j’aperçois à quelques centaines de mètres trois coureurs qui reviennent sur moi. J’ai du leur servir de cible depuis pas mal de temps ! Il s’agit des frères Olivier et Stéphane Zambaux, des bretons de l’équipe « Oz Constructions » accompagnés de Guillaume, un autre breton. Nous arrivons ensemble au CP2 (Km 31) où il y a de l’ombre et de quoi se sustenter. Nicole y est présente. Plein d’eau refait, quelques dattes bien dures ingurgitées et c’est reparti. Nous courons maintenant à quatre, plus ou moins ensemble. En fait, je prends de temps en temps des trajectoires différentes et donne quelques coup de boutoir pour essayer de décramponner les bretons; en définitive, nous atteignons ensemble le CP3 (Km 41) situé en surplomb de la piste au sommet d’un éboulis rocheux d’une trentaine de mètres qu’il convient donc de gravir. Pas facile ! Sophie, une de nos infirmières, assure seule le service à ce point de contrôle et ne bénéficie d’aucune ombre pour s’abriter du soleil. Il est 11 heures et la température ambiante augmente régulièrement; le thermomètre de ma Polar indique 39° Celsius ! Je passe ensuite en 5H31 à la mythique distance des 42,2 Km, pas mal tout de même vu les difficultés ! Je suis encore assez bien et essaye de nouveau à plusieurs reprises de distancer mes compagnons de route, mais les bretons font bloc et résistent. Au Km 45, Guillaume n’est pas bien du tout et s’arrête. Les frères Zambaux continuent seuls sur le même rythme car pour moi c’est le début d’une galère épouvantable. Plus moyen en effet de boire la plus minime quantité d’eau, mon estomac, chahuté et fatigué par tous ces efforts, rejetant instantanément à la nature tout ce que je lui offre ! Comment continuer dans ces conditions de température ? Le terrain se complique sérieusement et 20 Km restent à faire ! Je marche, je marche donc le plus activement possible en m’aidant au mieux de mes bâtons.

Très heureusement, je parviens ainsi en réduisant l’intensité de mon effort à avaler une petite gorgée d’eau toutes les 5 minutes; c’est sans aucun doute trop peu pour maintenir l’équilibre hydrique optimal de l’organisme, mais peut être suffisant pour atteindre l’arrivée. Soudain un 4x4 en face, c’est Françoise le médecin qui, avertie par les Zambaux, vole au secours de Guillaume. A ma demande, elle remplit d’eau ma casquette saharienne qu’aussitôt je renverse sur mon crâne. Le terrain devient de plus en plus mou, de plus en plus « ornièré », de plus en plus accidenté. Chaque passage sous un acacia m’apporte ponctuellement un peu de fraîcheur qui fait du bien. Dans son 4x4, Françoise me repasse pour rejoindre le CP4; j’aperçois Guillaume à l’intérieur, il a donc abandonné !

Soudain, je suis entouré par d’énormes insectes volants que j’identifie (peut être à tort) comme étant des guêpes géantes, du type de celle qui m’a piqué naguère dans un coin perdu de Cilicie. Bon sang, qu’adviendrait il si j’étais piqué maintenant ? Il est plus de 13H quand j’arrive enfin au CP4 (Km 54) où Guillaume est allongé à l’ombre d’un arbre. Françoise s’enquiert de mon état. Pour une fois, je m’assois quelques minutes en essayant d’avaler quelques quartiers de pamplemousse. Un autre 4x4 de l’organisation s’arrête au CP4, à l’intérieur Renzo et Jacques; ils ont abandonné eux aussi, quelle hécatombe !
Je repars pour les 10 derniers Km, toujours en marchant bien sûr et en aspirant 1 ou 2 centilitres d’eau tiède toutes les 5 min. Gros coup de blues peu après, suis-je physiquement et mentalement au bout du rouleau ? Je regarde sans cesse ma montre où s’affiche la distance exacte parcourue depuis le départ. J’avance à 5 Km/h, pas plus ! Soudain Cyril en 4x4 arrive devant moi; avec son aide, je me refais le coup de la casquette pleine d’eau sur la tête, ce qui me donne un petit coup de mieux pour ¼ d’heure. Plus que 3 Km me dit il ! J’arrive enfin sur un plateau caillouteux qui monte jusqu’à l’arrivée située au pied d’une petite falaise. Abdou, un touareg conducteur de 4x4, m’accompagne à pied pendant 500 mètres, m’encourageant tant faire se peut et me débitant des quartiers de pamplemousse qui me font un bien fou, puis c’est Nicole que j’aperçois et qui me guide jusque la ligne d’arrivée que j’essaye de franchir honorablement en trottinant. Mon émotion est si grande que je n’arrive pas à contenir quelques larmes. Klemen filme tout en me demandant mes impressions. Il est 15H10 et je suis 10ème de l’étape en 9H41. Au général, je rétrograde à la 10ème place, à 14 min des frères Zambaux.
Les autres arrivées vont s’échelonner pendant le restant de l’après midi ; vers 20H arrive dans le noir Les Les autres arrivées vont s’échelonner pendant le restant de l’après midi ; vers 20H arrive dans le noir absolu le dernier concurrent, David, un anglais plein d’humour qui marche la plupart du temps.
En ce qui me concerne, j’essaye de me remettre en état pour l’ultime étape, surtout en me re-hydratant progressivement et en me reposant. Mes pieds sont dans un état pitoyable, de loin les plus mauvais du raid me disent les infirmières. Le plus douloureux, ce sont les ongles qui commencent à bouger ! On refait systématiquement tous les pansements pour que demain ça puisse le faire. Je prends la décision de courir la dernière étape avec d’autres chaussures dans lesquelles je retire les semelles pour libérer un peu d’espace utile.
Après un succulent repas parfaitement reconstituant, le briefing est réduit à sa plus simple expression, les derniers 27 Km ne posant aucun problème de navigation. Par contre avant de nous coucher, Nicole et moi prenons un peu de temps pour admirer avec grand plaisir une fois encore le ciel constellé d’étoiles qui fait le charme des nuits sahariennes.
Samedi 25 novembre
Oued Zagado – Timia (27 Km)
Lever à 5H30. Transfert en 4x4 vers 7H afin de rejoindre le lieu de départ qui se trouve à 60 Km, ce qui prendra un peu plus de 2H. Sur la piste, rencontre intéressante avec des nomades à qui nos chauffeurs achètent une chèvre qui améliorera l’ordinaire de ce soir ou de demain.
Aujourd’hui, le départ de l’étape est donné par groupe de quatre ou de six, toutes les 5 minutes, en ordre inversé du classement général. Autrement dit, les derniers classés partent les premiers et vice-versa. Ainsi donc, tous les participants auront au moins une fois l’occasion de voir courir les plus rapides qu’eux et réciproquement.
Les 4 cadors, Abdelkader, Thierry, Pierre et Arnaud partiront ensemble les derniers.

Je fais partie de l’avant dernier groupe avec Patrick, René, Martial et les frères Zambaux, tous mieux classés que moi au classement général. Je me sens bien, comme neuf, même pas mal aux pieds, oubliées toutes les vicissitudes de l’étape d’hier, je suis bien décidé à mener la vie dure à mes jeunes adversaires classés juste devant moi au général, notamment les inséparables Olivier et Stéphane Zambaux à qui je vais essayer de reprendre 14 minutes.
Patrick et René, les meilleurs de nous six, ont aussi décidé de lâcher les chevaux, histoire de faire une bonne place à l’étape. Ils nous prennent rapidement quelques centaines de mètres et on ne les reverra plus. Comme prévu, on se retrouve donc à quatre à en découdre. Ne cachant pas plus longtemps mes intentions, je prends la tête du groupe en attaquant sans arrêt comme un furieux. Le parcours accidenté me convient bien; il est constitué d’une succession de bosses et de descentes qui nécessitent de relancer sans cesse la machine, ce que je fais assez bien en utilisant mes bâtons avec un maximum d’énergie. La piste sur laquelle nous courons est stabilisée par du caillou et du sable dur et heureusement ne nécessite pas de guêtres anti-sable. Mes nombreux coups de boutoir font souffrir mes camarades, mais pour l’instant ils s’accrochent et ne cèdent rien. Nous remontons pas mal de concurrents partis avant nous, mais 35 min après notre départ, nous voyons surgir Abdelkader un peu à l’écart de la piste car il a une connaissance parfaite du terrain et sait couper là où il faut pour minimiser la distance. Au Km 9, déjà le CP1. Pendant que je bois un peu d’eau à la bouteille, arrivent Thierry, Pierre et Arnaud partis 5 min après nous.

Je repars instantanément, ce qui oblige mes collègues à faire de même. Un kilomètre plus loin, je ne vois plus le moindre balisage; c’est clair, je me suis perdu une nouvelle fois avec bien entendu les 3 autres qui me suivent aveuglément. Nous voilà maintenant tous les quatre à gravir en marchant une colline rocailleuse pour essayer de retrouver la bonne direction. Je vois dans le regard de mes adversaires qu’ils ne sont pas trop mécontents de cette mésaventure qui leur permet de récupérer. De nouveau dans la bonne direction, je continue à batailler. Un moment, j’aperçois à 50 m derrière les 2 frères décrochés, ce qui m’incite à en remettre une couche. Mais quelques minutes plus tard, ils sont de nouveau derrière moi. Là, je l’avoue, mon moral en prend un coup ! Au Km 16, c’est le CP2, un petit coup d’eau et je repars aussitôt. Mais je commence à penser à la grandiose arrivée promise à Timia. Ne serait il pas l’heure maintenant de cesser les hostilités sportives et de commencer à faire la fête en profitant au maximum des derniers kilomètres qui s’annoncent extraordinaires ? (La suite du carnet dans l'article ci-dessous)
ô vous tous qui souffrez d' un mal
inconnu, qui êtes désemparés et dégréés, faites
comme Maxence, fuyez le mensonge des cités, allez
vers ces terres incultes qui semblent sortir à
peine, fumantes encore, des mains du créateur,
remontez à votre source, et, vous carrant
solidement au sein des éléments, tâchez d' y
retrouver les linéaments de l' immuable et très
tranquille vérité !
Ernest Psichari
Tout homme n'est pas appelé au désert et tout appelé n'y est pas élu
Ferny Besson
Dans le désert on vit au rythme du cosmos. On ne triche pas, on obéit. Le puits est ici et non pas là, et le suivant à 650km plus loin, pas un de moins. C’est à prendre ou à laisser, mon jeune ami. Si cela ne vous plait, n’y allez pas, restez chez vous à regarder la télé.
Mais si vous entrez au désert, jouez le jeu. C’est la patience, l’humilité, la soumission au réel. Bénéfiques exercices pour un orgueilleux primate trop tenté de se prendre pour le roi de la création.
Théodore Monod
Le silence est un des charmes les plus subtils de ce pays solitaire et vide. Il communique à l’âme un équilibre que tu ne connais pas, toi qui as toujours vécu dans le tumulte ; loin de l’accabler, il la dispose aux pensées légères. On croit qu’il représente l’absence de bruit, comme l’obscurité résulte des absences de la lumière : c’est une erreur. Si je puis comparer les sensations de l’oreille à celles de la vue, le silence répandu sur les grands espaces est plutôt une sorte de transparence aérienne, qui rend les perceptions plus claires, nous ouvre le monde ignoré des infiniment petits bruits, et nous révèle une étendue d’inexprimables jouissances. Je me pénètre ainsi par tous mes sens satisfaits du bonheur de vivre en nomade.
Eugène Fromentin









Tourisme et déserts - Un guide pratique pour gérer les impacts environnementaux et sociaux du tourisme dans les déserts. Edité par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement)
Ce guide est téléchargeable gratuitement ICI
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